Recommandations de base: Résumé des soins d’urgence pédiatrique pour professionnels de la santé
Méningite
Dernière mise à jour
sept. 2023
Sujet
Sommaire
Les entérovirus représentent la cause la plus fréquente de méningite pédiatrique. Les méningites bactériennes sont moins fréquentes et 90 % des cas surviennent chez les enfants de moins de 5 ans. Le taux de mortalité de la méningite bactérienne est de 20 % chez le nourrisson et de 2 % chez l’enfant plus âgé; à peu près un-tiers des survivants auront des séquelles neurologiques. Le diagnostic et la prise en charge précoces sont associés à un meilleur pronostic. La méningite virale est un diagnostic d’exclusion.
- L’enfant avec vaccination incomplète est à risque plus élevé d’infection à N. meningitidis, S. pneumoniae, et H. influenzae.
- La méningite associée à la maladie de Lyme est à considérer (dans les endroits endémiques) et doit être recherchée en présence d’une exposition aux tiques, d’un érythème migrant, ou d’une paralysie faciale.
- Le paréchovirus, le virus herpès simplex (HSV), le virus varicella-zoster et les arbovirus sont plus souvent associés à l’encéphalite.
Caractéristiques cliniques
Il est difficile de poser le diagnostic de méningite chez le nourrisson, car les symptômes ressemblent à ceux des autres maladies virales.
- Nourrisson : La fièvre ou l’hypothermie peuvent être les seuls signes chez le nouveau-né; la léthargie progressive, l’irritabilité (souvent pire au touché), les pleurs inconsolables, la fontanelle bombée, le manque d’appétit, l’hyper/hypotonie, les vomissements, la diarrhée, et/ou les convulsions peuvent être présents.
- Enfant/Adolescent : La triade classique de fièvre, raideur de la nuque, et céphalée se retrouve dans moins de la moitié des cas de méningite pédiatrique.
- Symptômes : symptômes systémiques similaires à ceux du nourrisson, céphalée, état de conscience altéré, photophobie, et/ou nausée.
- Signes : raideur de la nuque (« likelihood ratio » (rapport de vraisemblance, RV) pour la méningite confirmée 4,00 [2,6–6,3]), signe de Kernig (RV 3,50 [2,1–5,7]), et signe de Brudzinski (RV 2,50 [1,8–3,6]).2 L’absence de signe n’exclue pas la méningite.
- Présentation : la méningite bactérienne se présente généralement sur quelques heures mais peut parfois évoluer sur quelques jours. La méningite associée à la maladie de Lyme a souvent une évolution plus indolente.
- La présence de pétéchies/purpura est associée à une méningite à méningocoque ou à pneumocoque, mais l’éruption cutanée n’est pas toujours présente.
- L’administration concomitante d’antibiotiques oraux ou de stéroïdes peut modifier la présentation.2,3,4
Stabilisation et prise en charge initiale
- Évaluer l’ABCD. Si instabilité hémodynamique, voir l’Algorithme TREKK sur le Choc septique pédiatrique.
- Évaluer l’état neurologique. Si suspicion d’hypertension intracrânienne :
- Surélever la tête du lit à 30o, placer la tête du patient en position médiane.
- Surveiller la TA et l’état de perfusion pour éviter l’hypotension et maintenir la pression de perfusion cérébrale.
- Administrer NaCl 3 % à 5 mL/kg (MAX 250 mL) IV sur 10 min OU mannitol 0,5-1 g/kg (MAX 100 g) IV sur 15 min.
- En cas de convulsion, voir l’Algorithme TREKK sur le Status epilepticus pédiatrique.
- Administrer des antibiotiques en moins de 60 min de la suspicion de méningite.
- Contacter le Service de pédiatrie/Centre de référence pédiatrique/Équipe de transport.
Évaluation : Bilan initial
- Investigations : FSC avec différentielle, hémoculture, CRP, glycémie, électrolytes, urée, créatinine, gaz, lactate, PTT, INR et procalcitonine (si disponible). Analyse et culture d’urine, via « clean catch », cathéter ou aspiration sus- pubienne chez le nourrisson.4 Sérologie pour maladie de Lyme uniquement si l’indice de suspicion est élevé, en consultation avec le Service de pédiatrie/Maladies infectieuses pédiatriques/Centre de référence pédiatrique.
- Neuroimagerie : Ne jamais retarder l’administration d’antibiotiques en attendant la tomodensitométrie (TDM) cérébrale. La TDM cérébrale est nécessaire en cas de :
-
- suspicion de masse cérébrale (convulsion focale, déficit neurologique focal, déficit immunitaire sous-jacent pouvant prédisposer à des infections opportunistes) OU
- hypertension intracrânienne (triade de Cushing, convulsion focale, déficit neurologique focal, respiration irrégulière, œdème papillaire, persistance d’un état de conscience altéré, convulsions réfractaires).
- Liquide céphalo-rachidien (LCR) : numération cellulaire, coloration de Gram, culture, protéine, glucose, PCR pour entérovirus, pneumocoque, méningocoque, ou autres bactéries (si disponible), et paréchovirus chez le nourrisson d’âge < 3 mois,4 PCR pour HSV-1/HSV-2 chez le nourrisson d’âge < 6 semaines si indiqué par la numération cellulaire du LCR. L’anesthésie locale double les chances de réussite de la ponction lombaire (PL). Voir les recommandations TREKK sur la Douleur procédurale et/ou la Sédation procédurale chez le patient stable d’âge > 1 an.
- Contre-indications à la ponction lombaire (PL) : compromis respiratoire ou cardiovasculaire, infection cutanée au site de la PL, ou coagulopathie/thrombocytopénie sévère.
NE PAS RETARDER LES ANTIBIOTIQUES SI LE PATIENT N’EST PAS STABLE POUR LA PONCTION LOMBAIRE
- Interprétation de la numération cellulaire du LCR : L’interprétation varie selon l’âge. La présence de neutrophiles dans le LCR n’est pas normale, quel que soit l’âge. Dans le cas d’une PL traumatique, l’option la plus sécuritaire est de compter les globules blancs et non les rouges, ou de retirer un globule blanc au décompte pour chaque 1000 globules rouges présents.
Normal | Méningite virale | Méningite bactérienne | |
|---|---|---|---|
Globules blancs (GB) | Âge < 1 mois : < 15 | Typiquement, 10 à 500 | Généralement > 1000 |
Glucose | > 50-60 % de glycémie concomitante | > 50-60 % de glycémie concomitante | < 50-60 % de glycémie concomitante ou < 2,7 |
Protéine | Âge < 1 mois : < 1,7 | Légèrement élevée | Âge < 1 mois : > 1,7 |
Attention : La numération cellulaire n’est pas fiable pour distinguer la méningite virale de la méningite bactérienne. On observe parfois un nombre normal de globules blancs dans le LCR dans les cas de paréchovirus, entérovirus, herpès simplex et au début de la méningite bactérienne | |||
Traitement
Traitement pour la méningite chez les nouveau-nés à terme, nourrissons, enfants, adolescents* | ||
|---|---|---|
Âge | Antibiotiques | Stéroïdes |
0 - 7 jours | Ampicilline 225 mg/kg/jour IV divisé q8h ET | Non recommandé. |
8 - 28 jours | Ampicilline 300 mg/kg/jour IV divisé q6h ET | |
29 jours ou plus | Ceftriaxone 100 mg/kg/dose (MAX 2000 mg/dose) IV x 1 dose; | ≥ 2 mois, considérer dexaméthasone 0,15 mg/kg/dose |
Autres considérations pour le traitement | ||
Consulter un spécialiste des maladies infectieuses si la coloration du LCR identifie des bactéries à Gram négatif. | ||
Suspicion d’encéphalite à HSV | Acyclovir** Âge ≤ 3 mois : 60 mg/kg/jour IV divisé q8h | |
Suspicion de maladie de Lyme | Ceftriaxone 75 mg/kg/jour (MAX 2000 mg/dose) IV q24h OU | |
* Contacter le Centre de référence pédiatrique dans le cas d’un nouveau-né prématuré, né avant 37 semaines d’âge gestationnel. | ||
Complications potentielles
- Surveiller étroitement les signes précoces de complications, afin de les identifier et de les traiter rapidement :
- Sepsis, choc, hypoglycémie, anémie, hypertension intracrânienne, syndrome de sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique (SIADH), convulsions.
Hospitalisation, soins intensifs
- Tout patient avec suspicion ou preuve de méningite doit être hospitalisé.
- Contacter l’Unité des soins intensifs pédiatriques/Équipe de transport, en cas d’instabilité hémodynamique, état de conscience altérée, ou atteinte des voies respiratoires nécessitant des soins intensifs.
Équipe de développement
Un grand merci aux spécialistes qui ont contribué au contenu et à l’élaboration des Recommandations de base sur la Méningite :
Shannon MacPhee, MD, FRCPC, Medical Director, Patient Safety Program, IWK Health Atlantic Nodal Leader, TREKK, Associate Professor, Department of Emergency Medicine, Dalhousie University.
Christian Renaud, MD MSc FRCPC, Microbiologiste infectiologue pédiatrique, CHU Sainte-Justine, Professeur adjoint de clinique, Département de microbiologie, infectiologie et immunologie, Université de Montréal.
Merci au Comité éditorial TREKK et à l’éditrice Sarah Reid (CHEO), pour leur support éditorial et leur expertise au développement de cette ressource, ainsi qu’à Mary Anne Nurmi, MA, MSc, TREKK Knowledge Broker (University of Manitoba) pour la coordination du processus de développement.
Pour en savoir plus sur le processus de développement, voir notre site web
Références clé
- Ouchenir L, Renaud C, Khan S, Bitnun A, et al. The Epidemiology, Management, and Outcomes of Bacterial Meningitis in Infants. Pediatrics. 2017 Jul;140(1):e20170476.
- Curtis S, Stobart K, Vandermeer, B. Clinical features suggestive of meningitis in children: a systematic review of prospective data. Pediatrics. 2010;126(5):952-960.
- Le Saux N, Canadian Paediatric Society Infectious Diseases and Immunization Committee. Guidelines for the management of suspected and confirmed bacterial meningitis in Canadian children older than one month of age. Paediatr Child Health. 2014;19(3):141-152.
- Children’s Health Queensland Hospital and Health Service. Meningitis: Emergency Management in Children. 2019.
- Tracy A, Waterfield T. How to use clinical signs of meningitis. Arch Dis Child Educ Pract Ed. 2020;105(1):46-49.
- Baxter AL, Fisher RG, Burke BL, et al. Local anesthetic and stylet styles: factors associated with reisdent lumbar puncture success [published correction appears in Pediatrics. 2006 May;117(5):1870]. Pediatrics. 2006;117(3):876-881.
- Kanegaye JT, Soliemanzadeh P, Bradley JS. Lumbar puncture in pediatric bacterial meningitis: defining the time interval for recovery of cerebrospinal fluid pathogens after parenteral antibiotic pretreatment [published correction appears in Pediatrics 2002 Sep;110(3):651]. Pediatrics. 2001;108(5):1169-1174.
- Brouwer MC, McIntyre P, Prasad K, et al. Corticosteroids for acute bacterial meningitis. Cochrane Database Syst Rev. 2015;2015(9):CD004405.
Référentiel médical
Pour consulter la liste complète des données probantes ayant éclairé l’élaboration des Recommandations de base sur Méningite, consultez le Référentiel des données probantes ici.
Avis de non-responsabilité
Le but du présent document est de fournir aux professionnels de la santé les faits et recommandations clés la prise en charge de la pneumonie communautaire chez l’enfant au Service de l’urgence. Le réseau TREKK ne sera pas responsable des pertes, demandes d’indemnisation, dettes, coûts ou obligations liés à l’utilisation du présent document, y compris des pertes ou dommages découlant des réclamations d’une tierce partie. CE DOCUMENT EST SUJET À L’AVIS COMPLET DE NON-RESPONSABILITÉ: trekk.ca/fr/terms-of-use