Recommandations de base : Résumé des soins d’urgence pédiatrique pour professionnels de la santé
Prise en charge de l’anxiété
Développé par:Dre Amanda Newton (University of Alberta); Dr Mohamed Eltorki (University of Calgary); Dr Matthew Morrissette (University of Alberta); Dre Alexa Bagnell (IWK Health)
Dernière mise à jour
juil. 2024
Sujet
Sommaire
L’anxiété est une réponse émotionnelle et physiologique normale à une situation stressante, inconnue, ou inconfortable. Il est normal que tout enfant, adolescent ou adulte soit anxieux pendant la visite à l’urgence. Cette anxiété peut découler de la raison primaire de la visite ou se développer face aux évaluations, investigations et procédures potentiellement envisagées.
L’anxiété ressentie durant la visite à l’urgence varie d’une personne à l’autre. Ainsi, l’approche à l’identification, l’évaluation, et la prise en charge de l’anxiété sera centrée sur le patient et sa famille.1
Pour le patient très agité, voir l’Algorithme TREKK – Prise en charge du patient agité.
Reconnaître l’anxiété
Le patient anxieux peut présenter toute une gamme de symptômes émotionnels et physiques
Exemples d’anxiété chez le patient pédiatrique ou chez la personne qui l’accompagne
Anxiété | Symptômes rapportés | Observations de l’équipe soignante |
|---|---|---|
Physique | Douleurs abdominales ou nausées | Agitation (ex. gigoter, incapacité de rester en place, mouvements répétitifs) |
Émotionnelle | Peur ou inquiétude | Sursauter, facilement déconcerté |
Cognitive | Difficulté à se concentrer ou à suivre les indications | Perception altérée (ex. mal comprendre ce qui est dit) |
Comportementale | Refus ou évitement de certaines procédures/investigations |
Évaluation
Utiliser une approche empathique et non critique pour établir une relation, désamorcer le stress et les inquiétudes, et faciliter la communication.
À FAIRE :
- S’assurer que le patient et la personne qui l’accompagne connaissent les limites de la confidentialité dans le système de soins de santé et demander à l’adolescent quelles informations il est d’accord que vous partagiez avec ses parents/accompagnant.
- Apaiser l’environnement : tamiser les lumières, réduire les bruits et minimiser les interruptions.
- Adresser les besoins (ex. nourriture/boisson, espace personnel loin des accompagnants, écouteurs).
- Demander au patient/accompagnant quelle serait l’approche la plus aidante.
- S’assoir; parler doucement, lentement et clairement; laisser du temps pour des questions.
- Rassurer, établir un lien de confiance; ex. « Tu es très courageux. C’est bien que tu ne bouges pas et que tu donnes la main à l’infirmière. »
- Quand possible, donner des choix de soins.
- Valider ce que le patient/accompagnant ressent et les défis auxquels il fait face.
- Reconnaître que la culture pourrait avoir un impact sur les expériences vécues et les soins.
À ÉVITER :
- Utiliser des phrases telles que « Calme-toi », « Ne t’inquiète pas de ça », ou « Tout ira bien ».
- Attribuer tout symptôme physique à une anxiété sous-jacente.
- S’attarder aux symptômes sans prêter attention au bien-être du patient/accompagnant.
- Minimiser la détresse que cause l’anxiété.
Prise en charge
Préparer et soutenir
- Approcher chaque patient comme s’il avait déjà vécu des traumatismes dans le passé, afin qu’il se sente en sécurité et en contrôle de la situation.
- Considérer parler séparément avec l’adolescent et l’accompagnant, afin de respecter l’intimité tout en obtenant l’histoire connexe.
- Informer le patient et l’accompagnant à quoi ils peuvent s’attendre pendant la visite à l’urgence (ex. temps d’attente, évaluations par les infirmières, évaluation par le médecin de l’urgence (et les résidents) et discussion entre eux, moyen de communication des renseignements).
Offrir des mesures réconfortantes
- Considérer la (les) personne(s) qui devraient rester auprès du patient pour le rassurer.
- Demander au patient ce qu’il aimerait; suggérer par ex. musique, nourriture, couverture chaude.
- Vérifier de temps à autre le confort de l’accompagnant. A-t-il besoin d’une pause ou de soutien par l’équipe de l’urgence?
Expliquer
- Une situation inconfortable, nouvelle, ou qui fait peur, peut entrainer une réponse physique ou émotionnelle liée à l’anxiété (ex. connexion corps-esprit).
- Valider la détresse des symptômes physiques de l’anxiété et expliquer qu’ils ne sont pas dangereux.2
- L’anxiété peut entrainer une gamme de réponses, soit adaptées (ex. réaction à une situation nouvelle), soit inadaptées (ex. émotions extrêmes, évitement de toute situation nouvelle/inconfortable).
- Il pourrait y avoir des déclencheurs identifiables, des symptômes transitoires, ou des symptômes de nature chronique.
Co-créer une approche centrée sur le patient/famille pour la prise en charge de l’anxiété à l’urgence
- Distraction active : jeux électroniques (téléphone, tablette), respiration carrée ou l’étoile.
- Distraction passive : télévision, musique.
- Soutien par un professionnel de la santé (ex. infirmière, travailleuse sociale, spécialiste du milieu de vie de l’enfant), si disponible.
Pharmacothérapie
- Réserver les médicaments pour le patient avec une anxiété sévère dont le comportement est en escalade et présente des préoccupations importantes pour la sécurité. Voir l’Algorithme TREKK – prise en charge du patient agité.
- Le lorazépam est le médicament de première intention à privilégier à l’urgence pour l’anxiété sévère3 :
- 0,05 mg/kg/dose, allant de 0,02 à 0,05 mg/kg/dose, MAX 2 mg/dose PO/SL q 4-8h PRN
- L’utilisation régulière de benzodiazépines est à éviter : potentiel de dépendance et d’effets indésirables.
- Les enfants/ados, particulièrement ceux avec des troubles neurodéveloppementaux (ex. TDAH, autisme), sont plus à risque de désinhibition paradoxale avec les benzodiazépines que les adultes.
Offrir des ressources pour gérer l’anxiété après la visite à l’urgence
- En ligne, infos fondées sur des données probantes : anxietycanada.com/fr; keltymentalhealth.ca; https://jeunessejecoute.ca.
Équipe de développement
Un grand merci aux spécialistes qui ont contribué au contenu et à l’élaboration des Recommandations de base sur la Prise en charge de l’anxiété :
Amanda Newton, PhD, RN
Professor, Faculty of Medicine and Dentistry, College of Health Sciences, University of Alberta
Mohamed Eltorki, MBChB, MSc, FRCPC
Associate Professor of Pediatrics and Pediatric Emergency Medicine, University of Calgary
Matthew Morrissette, MD, FRCPC
Assistant Clinical Professor, Department of Psychiatry, University of Alberta
Alexa Bagnell, MD, FRCPC
Professor, Department of Psychiatry, Dalhousie University, IWK Health
Merci au Comité éditorial TREKK, au Comité consultatif de parents et de jeunes, et à l’éditrice Sarah Reid (CHEO), pour leur support éditorial et leur expertise au développement de cette ressource. Merci aussi à Megan Bale-Nick, Courtier de connaissances, TREKK (Université du Manitoba) qui a encadré ce projet et à Myriam Nadeau, pour avoir revu la traduction.
Référence clé
- Klein B, Rajendram R, Hrycko S, et al. Anxiety in children and youth: Part 1-diagnosis. Paediatr Child Health. 2023;28(1):37-51.
- Campo JV and Fritz G. A management model for pediatric somatization. Psychosomatics. 2001;42(6):467-476.
- Gerson R, Malas N, Feuer V, et al. Best practices for evaluation and treatment of agitated children and adolescents (beta) in the emergency department: Consensus Statement of the American Association for Emergency Psychiatry. West J Emerg Med. 2019 Mar;20(2):409-418.
Pour la liste complète des données probantes qui ont informé l’élaboration des Recommandations de base sur la prise en charge de l’anxiété, voir le Référentiel médical.
Pour en savoir plus sur le processus de développement, voir notre site web.
Référentiel médical
Pour la liste complète des données probantes qui ont informé l’élaboration des Recommandations de base sur Prise en charge de l’anxiété, voir le Référentiel médical.
Avis de non-responsabilité
Le but du présent document est de fournir aux professionnels de la santé les faits et recommandations clés pour la prise en charge de l’anxiété chez l’enfant et l’adolescent au Service de l’urgence. Le réseau TREKK ne sera pas responsable des pertes, demandes d’indemnisation, dettes, coûts ou obligations liés à l’utilisation du présent document, y compris des pertes ou dommages découlant des réclamations d’une tierce partie. CE DOCUMENT EST SUJET À L’AVIS COMPLET DE NON-RESPONSABILITÉ : TREKK Conditions d’utilisation.